Test : Yakuza Kiwami (PS4)

Bien qu’ayant toujours connu un succès assez modeste chez nous, la série Yakuza (Ryu ga gotoku en version originale, signifiant “Tel un Dragon”) est devenue une des franchises les plus populaires et prolifiques au Japon pour SEGA depuis son lancement en 2005, avec pas moins de 7 épisodes canoniques, deux remakes, et des spin-off dans tous les sens : deux épisodes sur PSP, deux situés dans le Japon féodal, un spécial apocalypse zombies, et un prochain épisode crossover annoncé avec Ken le Survivant.

La série Yakuza fut très souvent comparée à Shenmue, ou assimilée à un GTA à la japonaise. Or, il s’agit davantage de la combinaison entre un beat them up 3D et une histoire de rédemption matinée de série B, sans pour autant que cela ne soit péjoratif, j’adore moi-même les films de Yakuza et les films de kung-fu où l’on défend l’honneur d’un restaurant chinois à l’aide de sabres et de couteaux de cuisine.

Chaque épisode de Yakuza fait la part belle à toute une série d’histoires de vengeance, de meurtres, de trafics en tout genre, de dettes à payer et de trahisons dans le fictif quartier rouge de Kamurocho, la reproduction quasi à l’identique du, quant à lui, bien réel quartier de Kabukicho situé à Tokyo. Bien évidemment, cet habillage sérieux est là pour masquer la débilité inhérente à la série et les personnages tous plus déjantés les uns que les autres, et où, entre deux règlements de compte, notre héros n’hésitera pas à pousser la chansonnette dans un karaoké, ou ira gérer un club d’hôtesses après quelques parties de billard et de UFO catcher.

Kiwami signifie en japonais “affûté à l’extrême” et c’est ce qualificatif qui sied à ce remake intégral du premier épisode de Yakuza, sorti initialement il y a plus de 12 ans sur PlayStation 2 (et ayant eu le droit à un remaster HD au Japon sur PS3 et Wii U).
Nouveau moteur visuel, plus d’une demi-heure de scènes cinématiques inédites, davantage de textes doublés, activités annexes plus nombreuses, et la présence à l’écran du maniaque Goro Majima sensiblement augmentée, voilà ce qui est au programme de ce Yakuza Kiwami par rapport à l’original.
Êtes-vous prêt à vous (re)plonger dans le monde merveilleux de la criminalité organisée japonaise ?

King Kazuma

Yakuza 0 sorti en janvier dernier chez nous est chronologiquement le premier épisode dans la série, son nom indiquant logiquement qu’il s’agit d’une préquelle. Cet épisode Kiwami en est la suite directe, mais il peut tout à fait constituer la première incursion dans la série, sans que l’on ne soit nullement perdu. L’on contrôle ici Kazuma Kiryu (Ryu signifiant dragon, permettant de nombreux jeux de mots en japonais, ce qui a été perdu lors de la localisation du titre), un jeune Yakuza appartenant à la famille Dojima et l’un des tous meilleurs éléments du clan Tojo, au point qu’il fut surnommé “Dragon of Dojima”, tant il est craint et respecté par le milieu de la pègre locale.
Lui et Akira Nishikiyama partagent une amitié indéfectible, se connaissant depuis l’orphelinat, et aspirent tous les deux à grimper les échelons au sein de la hiérarchie mafieuse.
Mais un soir de septembre 1995, Sohei Dojima, le fondateur et capitaine de la famille Dojima, à laquelle appartiennent Kiryu et Nishiki, agresse sexuellement Yumi Sawamura. Nishiki, fou de rage et ne pouvant laisser passer un tel affront, tue Dojima d’une balle en pleine tête afin de venger l’honneur de son amie d’enfance.

Kiryu arrivant peu de temps après sur les lieux n’a d’autre choix que d’endosser la responsabilité du meurtre, afin de protéger son ami Nishiki qui doit s’occuper de sa sœur gravement malade, et Yumi dont il est secrètement amoureux.
Il écopera alors d’une peine de 10 ans de réclusion criminelle pour ce meurtre qu’il n’a pas commis, et sortira de prison en 2005 (l’année de sortie du jeu original) où il découvrira que tout ce qu’il a pu connaître a bien changé.
Yumi a disparu, le Clan Tojo s’est déchiré après la disparition d’un de ses 4 Patriarches, de nombreuses familles ont été absorbées au sein d’autres, et Nishiki a radicalement changé de personnalité et s’est laissé corrompre par la soif de pouvoir et la jalousie à l’égard de Kiryu, ayant toujours été supérieur à lui en tout point.
Il prit alors la place de son ami et devint le capitaine de sa propre famille, honneur qui devait initialement revenir à Kiryu, en récompense de toutes les actions qu’il a accompli pour le clan.
Peu après que Kiryu ait retrouvé la liberté, il fut découvert que la somme de 10 milliards de yens (environ 100 millions d’euros), le trésor de guerre du clan Tojo, fut dérobée, et le patriarche Masaru Sera fut mystérieusement assassiné après l’avoir découvert.
Kiryu renouera alors avec son ancien monde et ses bonnes vieilles habitudes de brute épaisse, cognant sur tout ce qui se met en travers de son chemin. Bien que tout le monde le croit responsable du meurtre de son propre chef et le considère comme un traître, il devra enquêter pour retrouver les coupables derrière le vol de l’argent du clan et des nombreuses tentatives d’assassinat envers les membres influents de la mafia de Kamurocho, y compris à son encontre.

Si vous avez déjà vu des films de yakuza, notamment ceux mettant en scène l’acteur et réalisateur KITANO Takeshi (Hana-bi, L’été de kikujiro, Outrage, Violent Cop), vous ne serez pas dépaysés et retrouverez cette ambiance douce amère entre idéalisation de cette caste de mafieux vivant selon leur propre code d’honneur, et critique cinglante de leur mode de vie. Yakuza Kiwami est une tragédie sur fond de rivalité entre frères ennemis, mais avec beaucoup d’éléments sacrément débiles pour contrebalancer ce ton assez pesant.

Ryo (Hazuki) ga gotoku

Contrairement à Shenmue, qui était avant tout un jeu d’enquête ponctué de séquences de baston sur un plan 2D à la Virtua Fighter, Yakuza (Kiwami) est l’évolution contemporaine d’un beat them up en 3D.
Certes, les deux séries proposent une aventure dans un monde assez ouvert, l’on peut prendre part à de nombreux mini-jeux à côté de la quête principale, et Toshihiro Nagoshi (le producteur de la série Yakuza) a par le passé dit à plusieurs reprises être très fan de l’œuvre de Yû Suzuki, mais la comparaison s’arrête là.
Ce n’est pas non plus un Grand Theft Auto made in Japan comme on peut le lire ça et là, tout d’abord car la surface de jeu y est sensiblement moins grande (on ne visite ici qu’un seul quartier de la ville de Tokyo, et pas une ville entière comme dans GTA).

Il n’y a pas non plus de fusillades ni de phases de conduite en voiture, qui constituent l’essentiel des phases de gameplay dans un GTA. Ici, tous les affrontements se font à l’aide de ses poings (et des objets qui se trouvent sur notre chemin) et les taxis servent de points de téléportation entre certaines zones.
On explore donc uniquement la ville à pied, et l’on sera très souvent interrompu dans notre progression par des groupes d’ennemis qui cherchent du rififi.

Le système de combat est assez simple, mais loin d’être déplaisant. Un bouton pour les coups moyens, un pour les coups forts, une esquive, un contre et une chope. Les éléments du décor peuvent d’ailleurs être utilisés pour envoyer valdinguer les hordes d’ennemis. Il est possible d’employer les objets les plus naturels dans un combat au corps à corps, comme les plus ridicules. On peut ramasser les couteaux et épées employés par nos adversaires après les avoir battus, mais aussi énormément d’éléments environnants, tels que des pots de fleurs, des cônes de signalisation, des panneaux sens interdit, des vélos, etc.
À force d’enchaîner les combos sans se faire toucher, on remplit la jauge bleue de Heat, l’équivalent d’une jauge de spécial. Cette dernière permet de donner des super coups selon de certaines variables. Si l’on a attrapé un ennemi, si l’on se trouve à proximité d’un élément du décor particulier (un mur, une voiture, une rambarde, une porte), si le boss a perdu un certain pourcentage de sa jauge de vie, etc.

On peut équiper certains équipements, augmentant sa défense ou son attaque, et même certaines armes ayant un nombre d’utilisation limitée (armes à feu, katana, salière, etc.). Kiryu peut également porter sur lui jusqu’à 20 objets de soin, utilisables à tout moment depuis le menu pause en plein combat, lorsque les choses tournent au vinaigre.
Battre des ennemis, manger dans des restaurants et terminer des quêtes annexes nous fera gagner de l’expérience qui nous permettra d’acheter différentes compétences dans le menu dédié : nouveaux coups pour les différents styles de combat, bonus passifs, augmentation de la taille de sa barre de santé ou de Heat, etc.

Kiwami ou ennemi ?

Une des nouveautés de Yakuza 0, reprise dans ce remake du premier Yakuza, est l’introduction des différents styles de combat.
Kiryu aura donc ici le choix, d’une simple pression sur la croix directionnelle, entre 4 styles aux particularités différentes. Le mode Brawler, très équilibré et offrant une bonne balance entre puissance et vitesse. Le mode Beast, très puissant mais aussi très lent. Le mode Rush, porté sur l’esquive et la rapidité, mais ne permettant pas par exemple d’attraper des objets du décor pour s’en servir sur les ennemis. Et enfin le mode Dragon, le style de combat signature de Kiryu, dont les compétences ont été oubliées suite aux années passées en prison et qui seront récupérées non pas en les achetant, mais grâce aux entraînements avec le maître d’armes ou en affrontant Majima.

À ce sujet, une des nouveautés de Kiwami est le fait que Goro Majima, le borgne surnommé le “Mad Mog of Shimano”, l’un des meilleurs personnages de la série Yakuza, viendra à de très nombreuses reprises interrompre votre progression et cherchera toutes les excuses possibles et inimaginables afin de vous affronter dans un combat singulier, ce qui est une idée absolument géniale.
Il se déguisera et se planquera partout en ville (même dans les endroits les plus improbables) et tentera de vous surprendre au moment où vous vous y attendez le moins. Vous prenez des photos au Purikura (cabine photo) ? Majima sera là dans le fond pour faire un photo bomb. Vous voulez demander votre chemin à un policier ? C’est Majima sous l’uniforme. Un rabatteur veut que vous alliez boire dans son bar ? Devinez qui est le barman derrière le comptoir ? Dans le mille, c’est Majima.
Besoin d’un petit moment de détente ? C’est Majima qui se déguisera en hôtesse de cabaret club.
Quoi que vous fassiez, Majima vous suivra partout, à la manière d’un Nemesis dans Resident Evil 3.

De nouveaux mini-jeux et de nouvelles quêtes annexes font leur apparition dans ce remake. Les courses de voiture radio-commandées issues de Yakuza 0 font leur retour, de nombreux jeux d’arcade sont jouables, et pas mal de jeux comme le Mahjong, le Billard, le Bowling ou le Karaoké sont également disponibles.

La quête principale est très agréable à suivre, même si l’on regrettera parfois les longs couloirs scénaristiques et les cinématiques interminables, comme dans un Metal Gear Solid. Très souvent, l’on se fera interrompre en pleine ballade par des habitants nous exposant leurs petits problèmes. Ces quêtes annexes, ou sub-stories, sont consignées dans un journal de quêtes, et nous rapportent de nombreuses récompenses en argent sonnant et trébuchant, expérience et objets divers. Cependant, il y aura souvent beaucoup de quêtes fedex nous imposant des allers et retours incessants, quant aux autres il suffira le plus souvent de battre des groupes d’ennemis ou d’aller acheter des objets au magasin et les rapporter à un individu.

La zone Kamurocho semblera vite assez étroite par rapport aux standards actuels, surtout si vous sortez d’un Zelda Breath of the Wild. On peut vite se lasser à force de faire les mêmes aller-retour dans les mêmes ruelles, et ce n’est pas les interruptions incessantes par les gangs de loubards qui y changera quoi que ce soit, au contraire, cela accentue le sentiment de répétitivité. C’est d’autant plus criant pour les joueurs jouant à Yakuza depuis près de 10 ans, car la ville de Kamurocho revient sans cesse à l’identique, même si elle est souvent accompagnée de villes supplémentaires au fil des épisodes (Osaka, Fukuoka, Okinawa, Sapporo, Nagoya, etc.).
Cependant, la modélisation du quartier se fait à chaque fois de plus en plus réaliste. Le moteur graphique est sans cesse amélioré, les textures et les effets de lumières et les reflets sont à chaque fois peaufinés, et le Ryu ga gotoku Studio prend un malin plaisir à se rapprocher le plus fidèlement possible de la réalité, notamment en concluant des partenariats avec des marques existantes afin que les buildings, les marques et les magasins soient reproduits à l’identique. On peut retrouver des chaînes de restaurants et des produits qui existent dans la vraie vie, ce qui donne un certain cachet à l’ensemble. Ce n’est pas juste du placement de produit, cela résulte d’une véritable démarche artistique.

Goron Majima

Si l’on creuse un peu, derrière cette histoire sérieuse se cache un côté stupide complètement assumé. Rappelons que l’on est incarcéré pendant 10 ans pour meurtre par arme à feu, mais par contre, lacérer des loubards avec un katana ou leur exploser la boîte crânienne avec un vélo ou une barre de fer ne semble poser de souci à personne, pire, cela ne fait que causer des dégâts légers. Cette constante explosion en mille morceaux de la suspension « of disbelief » est l’un des aspects rendant la série Yakuza aussi géniale que débile.
Foncièrement, il s’agit là d’une authentique série B, qui garde de l’extérieur un enrobage sérieux, réaliste et dramatique de film de genre de Yakuza, et proposera un divertissement délirant et décomplexé à tous ceux qui se laissent prendre au jeu.
Cette série possède deux visages antinomiques, ce qui est somme toute très janusien. Dans Yakuza 0, par exemple, on pouvait gagner un poulet au bowling, puis c’est à lui que l’on confiait la gestion de son business. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus pour vous lancer dans la série ?

Cet épisode Kiwami signe le flamboyant retour en grâce du Dragon of Dojima (堂島の龍) dans un remake au contenu gargantuesque et techniquement irréprochable, avec une image très propre en 1080p et un framerate à 60 images par seconde de tous les instants.

Pendant un temps, la série a été boudée par SEGA quant à sa distribution en Occident, la firme ayant décidé d’arrêter les frais suites aux mauvaises ventes des derniers épisodes. Aucun épisode spin-off (à l’exception de Dead Souls) n’est jamais sorti ici, et Yakuza 5 n’a eu le droit qu’à une sortie dématérialisée en Occident, de plus, 3 ans après sa sortie japonaise.
Cette fois-ci, on semble parti sur de bons rails, avec les 3 épisodes Yakuza 0, Yakuza Kiwami et Yakuza 6 sortant chez nous en l’espace d’un an. Yakuza Kiwami est donc l’occasion idéale pour tous ceux n’ayant jamais été au Japon d’être dépaysé à moindre frais, et pour tous les autres de replonger dans leurs souvenirs de la mégalopole Tokyoïte.
Ce remake, tout comme Yakuza 0 : The Place of Oath peuvent aussi bien l’un que l’autre être recommandés comme porte d’entrée pour les néophytes.
Il sera ensuite possible d’enchaîner les épisodes 3, 4 et 5 sur PS3 pour pouvoir se lancer sereinement dans Yakuza 6 qui sortira en mars prochain, et concluant l’histoire de Kazuma Kiryu.

Yakuza Kiwami 2 (le remake de Yakuza 2 avec le tout dernier moteur en date, le Dragon Engine, employé pour Yakuza 6) vient tout juste d’être annoncé au Japon, et espérons que les ventes de la série en Occident soient suffisantes pour que cet épisode soit également localisé chez nous. Après tout, combien de jeux vous offrent la possibilité de puncher des tigres en pleine mâchoire ?

Haruka Kanata

Ce remake est l’occasion idéale pour rattraper son retard et se lancer dans ce pan essentiel du jeu vidéo japonais moderne. Si vous ne jouez pas à Yakuza pour l’histoire, faites-le au moins pour sa galerie de personnages farfelus, pour le tourisme virtuel, et pour les combats brutaux et grisants.
Bien sûr, il y a toujours des conspirations et des luttes de pouvoir dans lesquelles vous finissez par être happés, mais l’essentiel du fun n’est pas là. Promenez-vous, buvez quelques verres, frappez des mecs louches, aidez des badauds et assistez à d’excellentes performances d’acteurs. Voilà ce qu’est la série Yakuza. Vous pouvez la jouer sérieux et vous investir dans le lore, les personnages et la trame principale, mais si vous aimez juste briser des crânes avec des guidons de vélos et jouer à de vieux jeux SEGA sur des bornes d’arcade, c’est également possible.

Falcon

Points forts :

  • Un remake resplendissant (en 1080p et 60fps)
  • L’ambiance incomparable des Yakuza
  • La polyvalence des différents styles de combat
  • Majima everywhere, du pur génie
  • Le nombre faramineux d’à-côtés, de mini-jeux et de quêtes annexes
  • Prix de vente très attractif (30 euros)

Points faibles :

  • Textes en anglais uniquement
  • Beaucoup de soucis de caméras
  • Kamurocho fait pâle figure en comparaison des open-world modernes
  • Menus pas toujours très clairs
  • Difficulté en dents de scie

[note]LA NOTE : 17/20[/note]

Développeur : Ryu ga gotoku Studio / SEGA
Éditeur : Deep Silver
Supports : PS4 / PS4 Pro
Date de sortie : 29 août 2017

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