Test : Dordogne (PS4)

Que diriez-vous d’un jeu bien de chez nous, mais qui risque malgré tout de vous faire voyager ? Mimi se rend donc en Dordogne, dans le Sud-Ouest de la France, pour essayer de retrouver ses souvenirs enfouis et faire une dernière révérence à sa grand-mère décédée récemment, Nora.
UN JE NE SAIS QUOI, UMANIMATION et Focus Entertainement nous entraînent ici dans une aventure narrative visuellement totalement hors des sentiers battus. Partons ensemble explorer la Dordogne !

Carnet d’aquarelles

Tout commence à l’arrière d’une vieille voiture sous la pluie en 2002, où on fait la connaissance de Mimi partie sur les routes sur un coup de tête après avoir perdu son emploi. Elle est à la recherche de réponses mais également de son identité, et on va découvrir cette histoire, son histoire, par petites touches, comme des coups de pinceau sur une toile blanche.
Ce qui frappe tout de suite sur ce titre, c’est le parti pris graphique, tout en aquarelle, comme si on tournait les pages d’un carnet de dessin. Le jeu est magnifique et nous plonge rapidement dans un état de nostalgie tout à fait propice à cette histoire.
Mimi, ayant perdu une partie de ses souvenirs, va (re)découvrir la maison de Nora, théâtre des étés de son enfance. En parcourant les différentes pièces et objets laissés intacts, elle va alors petit à petit se remémorer tout un tas d’anecdotes et de parties de sa vie. Le jeu se découpe alors en chapitres, chacun étant une véritable plongée dans le passé. Au fur et à mesure, les pièces de puzzles semblent se compléter afin de recréer tout ce pan de sa vie malheureusement effacé de sa mémoire.

Ici on va devoir, certes suivre l’histoire, mais également collecter des cassettes, des polaroids, des sons, des stickers, des mots, des impressions… À l’instar d’un immense herbier, on collecte les souvenirs et les sentiments. Dordogne est un jeu contemplatif, lent, simple, et pourtant bourré de détails, vraiment à l’image d’un livre de souvenirs. L’environnement sonore est lui aussi très réussi, mis à part quelques musiques de fond un peu angoissantes qui ne servent pas forcément le propos.
Il ne faudra pas s’attendre à des énigmes, ni à des phases de jeu intenses. Parfois on prépare simplement un thé ou encore on allume une bougie. Des gestes simples, accomplis par le joueur avec souvent des choix qui s’avèrent purement personnels et ne changent en aucun cas le déroulement de l’histoire, comme choisir le mug dans lequel on va boire. On complète également un classeur avec une photo, un son, un poème et un sticker afin de créer une page que l’on personnalisera à son gré à la fin de chaque journée du passé.
On revit simplement les moments agréables avec Nora, ces étés naïfs passés dans le sud de la France au son des cigales ou sous le ciel étoilé.


Nos régions ont du talent

On va également découvrir la Dordogne, le fleuve cette fois, car finalement c’est de lui dont il s’agit et qui se retrouve au cœur de l’histoire. Et, qui sait, peut-être même que vous rencontrerez le Coulobre, cet animal mythologique ! C’est là aussi que le jeu frappe fort. Les endroits, les légendes et tout une panoplie de détails sont issus directement du Sud-Ouest et de ce qui fait son essence, sa richesse, et je parle en connaissance de cause, ayant (en partie) grandi là bas. Les gariottes, les falaises, le marché, les pique-niques au bord de l’eau, la cuisine à la graisse de canard, autant de petites choses qui font écho chez quiconque ayant connu cette région ou ses alentours.

Mais tous ces sentiments agréables se mélangent avec des choses plus graves. Vous l’aurez compris, Dordogne est un titre doux, mais qui met également en avant de véritables drames familiaux. C’est en découvrant des lettres, des conversations enregistrées, des bribes de vie qu’on comprend mieux cette famille et ses failles. Comme pour tout le monde, il y a eu des drames, des maladies, des non-dits, des disputes et des regrets. Un sentiment doux-amer s’empare du joueur et fera nécessairement écho à du vécu chez chacun d’entre nous.
Les personnages et les dialogues sonnent d’ailleurs extrêmement vrais et sont traités avec justesse. On ne peut que saluer cette performance.
Outre les lettres et autres éléments qui nous livrent des fragments d’histoire, il faut également noter le parallèle entre le classeur que la Mimi enfant remplit et le téléphone portable qui la harcèle de messages dans le présent. Deux objets qui servent de fil rouge à l’histoire et à ses allers-retours présent/passé. On vous laisse découvrir la suite.

Tu dors ou tu dogne ?

Dordogne est cependant une aventure courte, elle se parcourt en 3 ou 4 heures selon si vous êtes du genre à fouiller chaque recoin de pièce à la recherche des autocollants perdus ou à faire l’histoire en ligne droite. Ceci dit, on ne demande pas à ce genre de jeu d’être vraiment plus long, on le vit comme un film ou un roman qui nous transporte ailleurs, le temps de cette tranche de vie.
Notons parfois que l’action peut être brouillonne, on ne comprend pas forcément ce que l’on doit faire pour ouvrir une porte ou autre et que les perspectives ou la 3D sont également souvent… étranges. En effet, une aquarelle ou un tableau est fait pour être vu de face et en 2D uniquement. Mais cela ne gêne en aucun cas le déroulement du jeu, on a juste un sentiment bizarre et pas forcément naturel durant ces phases en “relief”. Sans surprise, le rythme du jeu est également lent et ne présente aucune difficulté et ne conviendra donc pas à tout le monde.

Personne ne passera non plus à côté des nombreuses références présentes dans le jeu : on a clairement des influences du Studio Ghibli avec les statues de chat, les lucioles, les ambiances, le chat noir et j’en passe, mais également d’autres clins d’œil vintages ou même des éléments disséminés en dévoilant plus sur l’équipe de création du jeu, avec notamment une allusion à “Perfect Blue” rappelant probablement au passage leur admiration pour l’animation japonaise.

Dordogne est assurément un titre à parcourir comme on naviguerait sur cette rivière. Il a marqué l’année 2023 et nous prouve une fois de plus que les jeux indés ainsi que la production française ont de beaux jours devant eux. Une petite pépite et une très belle découverte !

Sironimo

Points forts :

– La direction artistique sublime
– La justesse des personnages, dialogues et situations
– Le Sud-Ouest dignement représenté
– Une belle histoire « tranche de vie »
– Une aventure agréable à parcourir
– Le scrapbooking sympa

Points faibles :

– Quelques effets de « relief » un peu bancals
– Musique d’ambiance pas toujours en phase
– Action parfois brouillonne

LA NOTE : 17/20

Développeur : UN JE NE SAIS QUOI, UMANIMATION
Éditeur : Focus Entertainement
Genre : Aventure narrative, Contemplatif
Support : Steam, PlayStation 4, PS5, Xbox One et Series X/S et Nintendo Switch à un prix accessible !
Date de sortie : 13 juin 2023

Une vidéo parle toujours plus ! Voici la découverte du début du jeu de Dordogne en live stream :

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