Test : Persona Q2: New Cinema Labyrinth (3DS), l’adieu d’une génération

C’est finalement à Atlus que revient l’honneur de canoniser la portable à effet relief, avec succès. Adieu Nintendo 3DS, merci pour tout.

C’est fin 2014 qu’est sorti le spin-off Persona Q, étonnant mélange entre le jeu de rôle à succès et la simulation de donjons capillotractés d’Etrian Odyssey. Malgré mon excitation, j’ai failli abandonner le jeu en plein milieu de l’aventure. La bande-son parfois maladroite, les échanges caricaturaux de personnages mythiques dans un scénario tenant sur une feuille de PQ et la difficulté aberrante du tout avaient presque raison de mes nerfs. « Plus jamais ça » ai-je juré à cette amie qui me regardait compléter le quatrième labyrinthe généré aléatoirement, « on ne m’y reprendra pas, suite ou pas ! » Des larmes commencèrent à couler le long de mes joues. De ma bouche, sorti :「Watashi, naiteru no?」(« Est-ce moi qui pleure ? » – je suis bilingue japonais, tu peux pas test, j’ai vu tout Naruto). Ce n’était pas de l’irritation ni même de la frustration, c’était un choc psychologique. Le développeur Atlus venait de nous livrer un plot twist de qualité : un personnage jugé secondaire souffrait bien plus que moi. Inutile de sortir les violons, la tragédie s’écrivait d’elle-même, reléguant Nanako de Persona 4 au rang de conte de fée. Malgré une progression poussive, le jeu avait réussi à rendre son histoire logique rétroactivement et me retourner l’esprit en quelques phrases, le plaçant à jamais dans mes indispensables, à la non-surprise de mon amie. Me revoilà donc pour un autre tour avec Persona Q2: New Cinema Labyrinth, en espérant ne pas finir en boule dans un coin, cette fois.

Des WC tout propres

Placé pile avant l’avant-dernier palais de Persona 5, les héros de cet opus se retrouvent propulsés dans une bien étrange ville, alors qu’ils visitaient le palais mystérieux Mementos. Une petite course-poursuite plus tard et les voici dans un cinéma qui servira de hub central pour la suite des aventures. En dire plus serait en dire trop, car même si le plaisir principal se trouve plus sur l’échange entre des figures issues de jeux différents, le scénario reste suffisamment intéressant de bout en bout, cette fois-ci, pour ne pas gâcher la surprise.

La traduction uniquement anglaise est encore une fois de très grande qualité, une constante qui me frappe depuis mon premier Persona en 2013 et qui s’est même affinée depuis le rachat d’Atlus par SEGA. Grâce aux finances de la firme internationale, une nouvelle équipe de localisation remplie de talents phénoménaux a été mise en place pour les jeux de « niche » (Yakuza, Persona, Etrian Odyssey, Judgment…). Leur implication et leur passion sont sans pareil. Ils sont notamment à l’origine de la pression exercée sur le développeur japonais de Catherine: Full Body, menant à la promesse d’un élagage de sa transphobie, pile après avoir enlevé des crédits de la version PC de l’original le nom de naissance d’Erica. Ce sont mes héros.

On nous sert donc sur un plateau d’argent, à nous autres pauvres occidentaux, une suite d’échanges fluides et humoristiques fidèles à l’œuvre originale. Facile à remarquer quand on peut comparer l’audio uniquement japonais avec leur adaptation. Que les novices de la saga se rassurent, aucune connaissance préalable n’est nécessaire pour la compréhension de la trame. Les points importants vous sont expliqués dès le début, le reste est de l’inédit. Pas de version française, malheureusement, ce qui n’est pas le seul manque…

Une réalisation un peu torchée

On aura beau agiter le bouton 3D de haut en bas, aucun effet relief ne viendra compenser la ridiculement faible résolution de l’écran 3DS. Le jeu ne semble pourtant pas demander plus de ressources que le premier, à l’exception de quelques vidéos où de très nombreux protagonistes modélisés en 3D apparaissent à l’écran. Il aurait pourtant suffit de désactiver la fonction temporairement, un peu comme dans les Pokémon.

PQ2 n’est pas laid, mais il n’est pas beau non plus. Utiliser un style chibi comme son prédécesseur est le moyen de s’assurer que le tout tournera sans anicroches, bien que le traitement ne soit réservé qu’aux humains. Les ennemis, en bonne partie issus de la série principale, gardent leur design d’origine avec une résolution simplement amoindrie. Je ne suis même pas sûre qu’une version Switch serait possible dans les conditions actuelles. Les ombres, contrastes ou même textures ont clairement été pensés pour cette machine et demanderaient un travail assez important pour un portage HD… sans compter l’absence d’écran inférieur, indispensable pour ce genre de jeu.

Alors que PQ tournait autour de Persona 3 et 4, nous demandant au démarrage notre titre préféré pour altérer légèrement la trame, bande-son et design, PQ2 se concentre entièrement sur les Phantom Thieves ainsi qu’une invitée surprise dont l’apparition m’a fait tomber de ma chaise, même si j’étais couchée sur un lit. Les menus se retrouvent donc décorés d’une apparence unique rappelant leurs aventures, pendant que la playlist se remplira petit à petit de chansons de combats réminiscentes des différents épisodes au fur et à mesure de nos rencontres.

Mais où est donc passé Shoji Meguro, le compositeur historique de la série ? Il est là, mais en tant que directeur du son. En bref, il laisse la place de compositeur au dénommé Atsushi Kitajoh, déjà responsable des maladresses du premier (à l’exception des Light the Fire Up in the Night ponctuant les combats). Ça sonne comme du Persona, mais ça n’en est pas vraiment. Les pistes restent dans la tête, mais pas toujours pour les bonnes raisons. C’est un peu… fade. En DLC, nous avons droit à tout une panoplie de pistes issues des opus canoniques, mais je ne suis pas sûre que je recommanderais l’achat. Si elles étaient une option indissociable du jeu, elles y seraient d’office. Au capitalisme, je dis « non » ! Ou plutôt « si », mais seulement quand ça m’arrange.

Pas facile d’avoir la courante

Persona Q: Shadow of Labyrinth était d’une difficulté brutale. La série Etrian Odyssey dont s’inspire ces spin-offs l’est également, personne n’a donc été surpris. Je vous vois venir avec vos Git Gud et la comparaison obligatoire à Dark Souls. Sauf que moi, mes cocos, j’ai fait la guerre (virtuelle), j’ai la trentaine et je sais quand un jeu se moque de moi. Quand l’ordinateur me rattrape dans Mario Kart, c’est de la triche. Quand on me bat à Smash, c’est pareil. C’est pour ça que je peux clamer haut et fort que Persona Q2 est.. facile.

Oui, facile.

Je n’irai pas me plaindre, la difficulté n’ayant jamais été ma tasse de thé. Les héros se régénèrent automatiquement quand ils rejoignent le hub et l’argent coule à flots. Il n’est pas difficile de se faire une réserve de Goho-M pour se téléporter à tout moment dans un endroit sécurisé, je remercie le ciel pour ça. Cette nouveauté a forcément divisé la communauté, mais j’apprécie qu’Atlus ait fait ce travail pour tous les détracteurs chroniques de ces dungeon crawlers à l’ancienne-en-pire. On se sort des situations les plus compliquées sans s’en rendre compte pour finir sur un soulagement bien mérité.
Les donjons générés aléatoirement sont alors beaucoup plus relaxants. La carte se dessine toujours seule sur l’écran inférieur à l’exception des murs, portes et objets, seulement si on le souhaite. On angoisse beaucoup moins à la rencontre des FOE, ennemis coriaces à éviter absolument, du fait qu’un simple objet nous permet de repartir de zéro. Mais si l’expérience originale Etrian Odyssey vous manque, vous pouvez à tout moment augmenter le niveau de difficulté et désactiver le dessin de la carte automatique afin de vous vanter en ligne de votre élitisme.

Le nombre de personnages jouables grandit constamment, au point qu’on ne sait plus où donner de la tête. Avec une équipe limitée à cinq membres pouvant équiper chacun deux Personas, ces « créatures » vous permettant de déclencher vos attaques, il est impossible d’avoir la bande parfaite, ce qui laisse place à la stratégie ou au mode rush « les combats automatiques ». Ces affrontements sont très similaires à ceux de la série principale, à l’exception des animations rudimentaires. Comme pour Persona Q, nous avons là une expérience Persona allégée, mais suffisamment fidèle pour s’y retrouver. On ne peut développer de relation romantique avec personne, mais les discussions sont si nombreuses que le manque ne se fait pas ressentir. La fusion des Personas, le choix des sorts… tout y est, un peu tronqué, certes, mais comment peut-on refuser de passer plus temps avec les Phantom Thieves ?

En tant que dernier titre 3DS, on aurait pu avoir pire. Tout dépend de vos affinités avec la licence d’Atlus. Un nouveau venu y verra là une série de donjons à la bande-son originale et aux discussions atypiques agrémentée de menus originaux, mais manquant peut-être de profondeur. Quant aux fans, on sera ravis de vivre une nouvelle aventure avec des personnages si charismatiques, sans devoir obligatoirement se prendre le mur de difficulté d’un Etrian Odyssey, quoique moins bien écrits que dans leurs titres respectifs, avec une bande-son imparfaite et l’absence de 3D relief. C’est de la bonne, j’y ai passé mes nuits dessus sans le vouloir !

Marynou

Points forts :

– Persona
– Difficulté ajustable
– La reconnaissance officielle de CE personnage
– Dialogues fréquents et divertissants
– Une histoire touchante

Points faibles :

– Une OST un peu inégale
– Rien de neuf à l’horizon
– Pas de relief
– M’a fait me coucher à 4h du matin au lieu de 23h, plusieurs fois. Véridique.

LA NOTE : 17/20

Développeur / Éditeur : Atlus / SEGA
Genre : Dungeon Crawler, RPG
Support : 3DS
Date de sortie : 04 juin 2019

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