Star Wars n’est qu’une série de mauvais jeux vidéo

Il est temps pour moi d’annoncer ce que personne n’ose dire : la cinématographie Star Wars est barbante, contrairement à ses mémorables compères vidéoludiques. C’est un fait.

C’était un Noël du début des années 90, je devais avoir six ou sept ans. Nous étions en vacances chez de la famille désormais oubliée et, comme tout enfant perdu au milieu de nulle part, je m’ennuyais à mourir. Dans l’espoir de me divertir, ma mère m’a mise devant L’Empire contre-attaque qui passait sur les ondes. Je me souviens de bruits, de couleurs, d’un champ d’astéroïdes que j’estimais kitsch, puis le noir complet. Je m’étais endormie.

Pour moi, la saga a toujours marqué grâce à son univers, pas avec ses films (ou romans) d’un autre âge. La trilogie originale qui était diffusée régulièrement à la télévision n’a jamais suscité d’autre intérêt chez moi que de vouloir donner plus d’importance à Leia et de piloter un de ces vaisseaux. Tout était si mou, si ennuyeux.

J’ai tout fait pour me convaincre d’aimer ces aventures ; je suis allée voir les remasters au cinéma et bien qu’en étant sortie avec des pulsions suicidaires, je me suis infligée les préquelles. Aussi détestées soient-elles, elles furent le déclic : la course de podracers et la piste Duel of the Fates jouée durant le combat contre Darth Maul m’ont fait comprendre qu’au final, Star Wars n’était qu’un jeu vidéo déguisé en film.

 

C’est à cette époque, aux alentours de l’an 2000 et du haut de ma quinzaine d’années, que je boucle la boucle en bouclant ma ceinture dans le vaisseau de croisière de Star Tours, la fameuse attraction de Disneyland. Drôle, excitante, magique, je comprenais enfin l’attaque de l’Étoile Noire et j’étais bien décidée à la détruire moi-même, manette en main.

Bien que les adaptations de la série ne manquent pas aujourd’hui, elles ont pourtant tardé après le succès phénoménal de l’original en 1977. La qualité du premier essai, Star Wars Arcade, a pris la foule par surprise à sa sortie en 1983. On était loin du simple jeu à licence qui hantait déjà les machines de l’époque. Nous étions vraiment aux commandes d’un X-Wing, prêts à se frayer un chemin à travers de réalistes TIE Fighters avant de détruire la fameuse arme surpuissante. Enfin, je ne suis pas sûre qu’ils étaient si « réalistes » que ça, je n’étais pas née. J’ai par contre pu voir la borne : elle trônait à la sortie du manège pré-cité, mais « On a pas le temps, ça coûte trop cher et tu joueras à la maison ». Je ne l’ai plus jamais revue, certainement pas chez moi.

Mon plus ancien souvenir d’un jeu Star Wars reste au final un titre NES, bien avant le « déclic » vers 1990, chez une amie de mes parents. Luke Skywalker s’y frayait un chemin sur Tatooine via des séquences de plateforme 2D, avant de traverser une carte de type RPG sur son speeder. L’idée de visiter moi-même cet hameau soporifique me semblait intéressante, mais comme « On doit aller acheter du lait », on est partis avant que je puisse m’y essayer. Ce n’est qu’en sortant de La Menace fantôme en 1999 que je me suis enfin décidée à m’essayer à des jeux : mon dévolu s’est jeté sur le récent Star Wars Episode 1: Racer ainsi que Rogue Squadron sorti un an auparavant.

La révélation que j’ai eue est inexplicable. Tous les noms de vaisseaux que je cite depuis le début de cet article, je les tiens de ces titres. Bien qu’étant des expériences ouvertement arcade, la complexité des engins de Star Wars couplée aux musiques de John Williams a entretenu mon imaginaire comme peu d’histoires auparavant. Aujourd’hui encore, reste gravé dans mon esprit la sensation de déployer les ailes de son engin pour détruire en quelques tirs un sbire de l’Empire. Il me suffit de fermer les yeux pour entendre les explosions assourdissantes et sifflements atypiques des appareils s’effondrant en catastrophe. Je ne regardais pas les pilotes, j’étais pilote.

Combien de temps ai-je également passé à essayer de reproduire exactement la course de l’Épisode 1 ? Bien trop, c’est certain. Le jargon soporifique des aventures cinématographiques ont bien plus de sens quand on doit s’en rappeler activement pour survivre. Parcourir les coulisses que la caméra n’a pas filmées est si excitant, si immersif, que je n’ai jamais pu revenir sur les œuvres originales. On doit évidemment cette qualité à ses développeurs LucasArts, un studio interne créé dans l’optique de transformer les spectateurs en acteurs.

Depuis, chaque nouvel événement de série ou de film est une excuse pour retomber dans une fièvre vidéoludique Star Wars-ienne, comme pour me guérir de la déception du grand écran. Alors que les films avancent trop vite sur trop peu de temps, les jeux me laissent le temps de véritablement comprendre l’étendue de cet univers. Les RPG solitaires ou en ligne de Bioware sont nettement plus intéressants qu’un péquenot perdu dans le désert pendant une heure, comme dans un MMO rétro ou, pire, le retour inexplicable et inexpliqué d’un grand méchant en 2019.

 

J’attendais beaucoup du dernier opus L’Ascension de Skywalker. Peut-être est-ce dû à ces décennies de jeux exceptionnels, ou bien à cet événement Fortnite que j’ai pu partager avec ma fille. Ce fut un grand moment ; le Faucon Millenium zigzaguait entre les tirs ennemis avant de s’élancer haut dans le ciel, quasiment hors de vision des joueurs, pour lancer sa contre-attaque sens dessus dessous. La Rébellion ne faisait pas le poids contre les TIE du Premier Ordre, la terre volait sous les balles perdues des deux camps et nous autres, pauvres joueurs, étaient surexcités. Nous nous sommes tous déchaînés quand Epic Games a débloqué des sabres lasers à la fin de son spectacle. Ses armes, étonnamment travaillées et complexes, ont été si populaires qu’elles sont restées à la disposition des joueurs des semaines après la fin prévue de la promotion Star Wars. La saga spatiale ne rate jamais de plaire quant il s’agit de jeux vidéo.

Ma fille, qui n’avait été que peu curieuse jusqu’alors, est soudainement devenue très intéressée par cet univers. Après une décision mûrement réfléchie et ce que je considèrerais comme du harcèlement psychologique, nous nous sommes retrouvées au cinéma pour voir le dernier volet de Disney.

Ne nous le cachons pas, ce film est un véritable désastre scénaristique qui n’est rattrapé que par une imagerie exceptionnelle. L’histoire laisse place à une action déversée à une vitesse infernale pour empêcher au spectateur de se poser trop de questions. Les héros dénués de leurs personnalités courent constamment à la recherche d’un objet, comme une suite de quêtes secondaires sans fin, comme une mauvaise adaptation de jeu vidéo au cinéma. Le vaisseau de Luke n’avait-il pourtant pas été démantelé pour servir de porte ? D’où viennent ces Star Destroyers ? Où est Rose ? Quel est le véritable but de l’antagoniste, venu de nulle part et plus indécis que Chidi Anagonye de The Good Place ? Frustrée en sortant du cinéma j’ai été, des réponses dans le dernier soft d’EA,The Fallen Order, j’ai trouvé.

Très sympathique à jouer au demeurant, l’aventure de Cal et son droïde BD-1 prend le temps d’explorer ce qui n’était pas explorable au cinéma. Des figures tertiaires de la nouvelle trilogie sont mises en avant et les environnements qu’on parcourt nous expliquent davantage le monde de Rey. Bien qu’un jeu ne devrait pas être nécessaire pour comprendre un film, je peux au moins réussir à l’apprécier grâce au contexte qui m’a été offert. Sauf pour Rose ou la relation étonnamment platonique de Poe et Finn, ça c’est juste Disney qui sont des gros nuls.

Encore une fois, les jeux vidéo nous montrent ce que Star Wars peut offrir quand il n’est pas confiné à une bobine ou quelques pages d’un livre. Dans un souci de capitalisation sur le succès de la série, ou peut-être à cause des nombreux remaniements qu’a pu subir le film, Fallen Order est la meilleure suite aux Derniers Jedi qui soit. La série télévisée The Mandalorian suit d’ailleurs une narration similaire à celle d’un jeu vidéo ; le héros saute certes de quête en quête, mais plus lentement, en laissant le temps au spectateur d’apprécier l’aventure pour ce qu’elle est. Des stormtroopers discutent, les villes sont montrées en détails par simple plaisir ou presque… Le héros augmente même les capacités de son armure.

Il faut rappeler que Star Wars a avant tout été pensé comme une série jeunesse, ce qui explique, en partie, l’efficacité de ces aventures quand elles sont des visites de temples entrecoupées de batailles aléatoires. Ma descendance ne s’est d’ailleurs pas faite avoir : c’est après s’être consommée la série entière qu’elle a estimé ennuyeuse (à l’exception du torse nu de Kylo Ren, urgh) qu’elle a, elle aussi, voulu s’essayer à des jeux. Les combats aux sabres lasers l’ont captivée, que ce soit dans Fortnite ou dans les films, l’utilisation de la force l’assoiffait de pouvoir. J’ai donc lancé la jeune padawan sur le nouveau Battlefront II où, au contrôle de la nouvelle Rey, elle s’est battue dès son premier match sur l’ancienne piste musicale Duel of the Fates. Deux générations, une seule opinion : Star Wars, ça ne marche qu’en jeu vidéo.

Marine

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