Test : Red Dead Redemption 2 (PS4)

Parfaite simulation d’assassinat de cheval, boue réaliste, très bon tabac à mâcher : c’est bien le jeu de l’année.

On a beau taquiner, mais il est indéniable que Red Dead Redemption 2 est l’un des plus importants projets vidéoludiques jamais entrepris. Alors que Smash Bros. célèbre l’histoire des jeux vidéo en elle-même, le titre de Rockstar est plutôt une gigantesque ode aux mécaniques de ces derniers, un melting pot d’idées cohérentes menées jusqu’au bout… et qui pourraient potentiellement montrer les limites des techniques modernes de développement.

Not so wild a west

Si vous êtes en recherche d’action et de courses poursuites à perdre haleine, le titre n’est définitivement pas pour vous… Ou peut-être que si ? RDR2 est un titre à part, un inclassable. C’est un film, une série, un roman, une aventure, une simulation équestre ou de relations sociales, une promenade virtuelle, des dominos, des cartes… et on ne discute pas ici d’évènements qui se situeraient en-dehors de l’aventure, mais bien le cœur du jeu en lui-même. Bien qu’une certaine répétition dans les tâches proposées s’installe forcément au bout d’un moment, la diversité des activités et des actions possibles et le détail qui leur est apporté laisse pantois.

La base du titre reste simple et connue de tous, la jaquette à l’esthétique stylisée résumant parfaitement l’idée, mais la situation historique l’est moins. Au 19e siècle, les États-Unis ne sont pas si unis que ça. La fameuse ruée vers l’ouest, désignant l’avancée des côlons européens sur le territoire nord-américain (arrivant forcément de l’est) est terminée, et les fameux « cow-boys », saloons et autres pièces mythiques de l’époque disparaissent peu à peu. Le nord et le sud de ce conglomérat d’états n’évoluent pas de la même façon et ne partagent pas la même vision du pays, ce qui mènera à la guerre civile américaine, ou guerre de sécession, deux expressions différentes pour désigner la même tragédie en fonction de votre position géographique ou de vos préférences politiques, de 1861 à 1865. Le sud voulait notamment garder sa vie rurale ou l’utilisation d’esclaves, prônant ainsi une coupure avec le reste du territoire, pendant que le président Abraham Lincoln cherchait à consolider leur pays naissant, estimant qu’ils étaient une même et unique famille se battant entre eux. La victoire de ce dernier mena à la mise en place de nouveaux amendements à la constitution américaine et, au final, à des lois plus carrées, strictes et hégémoniques sur l’ensemble des États-Unis. Encore une fois, ce mouvement partira de l’est, cadré, pour se diriger vers l’ouest sauvage et est exactement, en 1899, ce que notre héros Arthur Morgan et la caravane dont il fait partie essayent d’éviter, tout en étant obligés de s’y plier pour survivre. Ces purs produits d’un monde brut et relativement animal agissent dans une zone grise, entre leurs habitudes d’hors-la-loi et leurs capacités à survivre en milieu naturel et la nécessité de ne pas faire de vagues, de rentrer dans « le système » en migrant vers ce fameux est industrialisé dans l’optique de gagner leur vie légalement. Un entre-deux mondes, parfaitement retranscrit dans ce chef-d’œuvre de Rockstar.

De l’art de profiter de la vie

À partir de ce pitch et cet univers, le studio avait alors plusieurs façons de procéder : celle d’un jeu d’action pur et dur comme Red Dead Revolver, peut-être quelque chose de dynamique et enivrant comme GTA… ou bien celle qui a été retenue, une simulation de cow-boy particulièrement réaliste et méticuleusement détaillée qui fleure bon les 100 heures de travail par semaine de la part des employés. Je ne crois sincèrement pas que Red Dead Redemption 2 essaye d’être « fun », mais plutôt de satisfaire un maximum les fantasmes que peuvent engranger le mythe de ces hommes de cet ouest perdu, de nous mettre véritablement dans leurs bottes (que l’on choisira soi-même, tout comme le reste de ses vêtements, en fonction de la météo ou de ses douteux goûts vestimentaires, Christina Cordula non incluse)… quitte à en romancer une bonne partie. Le jeu fait rêver, nous donne envie d’y vivre véritablement, et ce, même si dans les faits historiques la moitié mourait de maladies inconnues, le froid, la faim et la misère étaient de mise et qu’il était impossible de se manger un paquet de chips pour reprendre de la vie si un ours nous attaquait.

Comme dans la « vraie vie », tout se passe lentement. Avec sa bande-son majestueuse et sa mise en scène grandiose, il est impossible de ne pas se croire dans un de ces fameux films de western, à l’exception que toutes les scènes potentiellement ennuyantes ont été laissées dans leurs moindres détails. La moitié de l’aventure est composée de trajets à dos de cheval, point de héros qui s’enfuit vers le soleil couchant, c’est à nous de contrôler ce qu’il se passe normalement hors-caméra (ou bien de laisser le mode « cinéma » faire le chemin pour vous, partir aux toilettes et revenir avec votre monture probablement la tête à l’envers). Les possibilités y sont d’ailleurs nombreuses, très nombreuses même, et la notion de « bouton contextuel unique » telle que Nintendo a pu l’instaurer ou l’affiner avec les Zelda a complètement disparu au profit de combinaisons compliquées de touches. Le personnage est lent (et en plus, il peut prendre du poids si on mange trop) et réussir à lui faire faire exactement ce que l’on a en tête peut s’avérer compliqué, tant les actions disponibles sont multiples. Le joueur est donc contraint de prendre son temps continuellement, et par extension, de vivre cette vie de cow-boy et de profiter autant que possible du voyage.

Les interactions les plus intimes du jeu trouvent d’ailleurs directement leurs racines dans le tout aussi lent et ambitieux Shenmue. Ouvrir des tiroirs et des placards, les chercher, les fermer, admirer les objets sous tous leurs angles… on retrouve là les recettes de l’hyperréalisme de la trilogie de SEGA, jusqu’à la manière de faire ses courses et de s’occuper des animaux, avec bien sûr dix-huit ans de technologie supplémentaires.
Les interactions avec les divers personnages et la profondeur des amitiés que l’on peut former font, elles, directement écho à Persona, bien que le titre ait une approche différente du sujet. Nos journées sont libres comme dans ce dernier et vous pouvez effectivement parfois choisir de passer la journée avec une personne en particulier et ainsi former un lien affectif… dans votre tête. Pas de jauge d’amitié. Par contre, saluer les gens dans la rue augmente votre réputation ; les commerçants sont plus contents de vous voir, les gens rouspètent un peu moins pour vous laisser le passage… Jouer le cow-boy gentil, c’est bien.

 

Les pétarades du siècle dernier

Les scènes d’action, profitant de toute l’expérience du développeur controversé, sont elles un mélange de TPS classique où les ennemis arrivent par vagues entières, mais avec les moyens offensifs de l’époque. Le réalisme y perd soudainement de sa superbe quand on se retrouve à trois contre 25 avec pour seule arme un revolver six coups pas très impressionnant… et que le joueur s’en sort sans une égratignure. Une mécanique de jeu nécessaire pour offrir aux joueuses et aux joueurs l’adrénaline dont elles et ils raffolent tant, quitte à le faire avec des armes au comportement un peu mou.

J’ai beau sonner négatif, et pourtant, tout ceci contribue à la force du titre, des maisons à fouiller aux scènes d’action. Le jeu ne souhaite pas nous offrir des courses poursuites haletantes comme dans GTA avec ses explosions et des collisions, mais plutôt nous immerger dans un univers parallèle. La lenteur de RDR2 est sa force et non sa faiblesse. Le jeu se déroule à un rythme particulier, mais c’est aussi parce qu’il a été construit pour être navigué à cette vitesse. Que ce soit dans la nature ou dans un bâtiment, nos yeux ne savent plus où se poser tant il y a à voir et à faire. Le soucis du détail est incroyable et fait directement écho aux polémiques du surmenage qui ont entouré la sortie du titre. Des verres, boîtes, pommes, trous de terre… la barbe qui pousse au fur et à mesure des jours, le cheval qui défèque ici et là, les vêtements qui se salissent… toutes les techniques de développement modernes disponibles ont été utilisées, jusqu’à une très forte et intelligente utilisation de filtres de lumières pour rythmer avec beauté les saisons et cycles solaires.

Le début de la fin

Le problème avec tout ça n’est pas que la charge humaine de travail qu’il y a derrière, c’est aussi que l’on a en face de nous le bout des jeux à monde ouvert de ces quinze dernières années. On a certes le droit à la quintessence du réalisme graphique et mécanique, mais les mêmes défauts qu’on a l’habitude de rencontrer sont toujours là. La difficulté pour passer à travers une porte, les feuilles en 2D d’un arbre ou, plus simplement, les bugs particulièrement comiques des chevaux qui ont parfois bien du mal à trouver leur chemin et à rester en place.

Quelle devrait-être la prochaine étape ? Une machine plus puissante pour des pommes plus rondes dans le sac de la marchande, plus de verdure, d’arbres et des rochers moins carrés ? Ou plutôt se concentrer sur la synergie entre le joueur et le monde, de créer un lien naturel et immédiat où ces problèmes habituels se feraient bien plus petits, comme dans The Legend of Zelda: Breath of the Wild ? Ce dernier est à des kilomètres de proposer un monde aussi rempli que RDR2, mais c’est au profit de mécaniques plus directes et surtout spontanées. Le personnage n’y titube pas quand il descend un escalier, le cheval ne se transforme pas en yo-yo géant… on y sent une différente vision du monde ouvert.

Red Dead Redemption 2 est une pièce majeure de l’histoire du jeu vidéo, un exploit jamais accompli jusqu’à présent. Voir quelque chose d’aussi beau tourner à 30 fps quasi constants sur ma machine de 2013 est en soit quelque chose auquel je ne m’attendais pas du tout, mais remarquer tout ce que je peux faire dans ce tableau où les PNJ vivent leurs propres vies quotidiennes, où je peux caresser un chien… mais ne peux interagir avec les enfants, manger mon cheval qui est mort d’une pierre qui a frôlé sa patte et où je m’effondre lamentablement sur le sol parce que la marche était trop haute me fait vraiment me dire que les limites des techniques actuelles ont été atteintes. Surpasser le contenu et la qualité de ce titre est un défi évident, et je peux qu’être impatiente de voir la manière dont cela sera fait.
En attendant, on ne peut pas ne pas vous recommander RDR2 : il s’agit d’une aventure à part entière, quelque chose de jamais vécu auparavant, une expérience inédite dans le monde du jeu vidéo. On en reparlera encore dans vingt ans, vous pouvez en être sûrs.

Marynou

Points forts :

– Bande-son orchestrale magnifique
– C’est beau. Évidemment que c’est beau
– Une promenade enchanteresse
– Un soucis du détail jamais vu auparavant
– Les bugs des chevaux. Ça restera dans les anales

Points faibles :

– … Sauf la gestion un peu lourde de l’inventaire
– Et l’absence d’animation quand le personnage se rase
– Prend BEAUCOUP de place sur le disque dur
– Vraiment, je ne sais pas quoi vous dire d’autre

La note : 18/20

Éditeur / développeur : Rockstar Studios / Rockstar Studios
Genre : Action, Aventure
Plateforme : PlayStation 4, Xbox One
Date de sortie : 26 octobre 2018

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Je reconnais mon ressenti dans ta critique. A vouloir apporter toujours plus de « réalisme » les jeux perdent en rythme je trouve. Certes il y a la contemplation de tous les instants, mais beaucoup de mécaniques viennent alourdir le gameplay… combien j’ai pointé mon revolver sur un civil que je venais de sauver de ses ravisseurs, combien de fois j’ai percuté un passant à cheval et me suis vu transformé en l’ennemi public numéro un…. un GRAND jeu, mais pas le plus fun. D’ailleurs il semblerait que GOW 4 lui ait raflé un certain Prix il y à peu ;) ….